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Doki Doki Literature Club!

par | 22 Sep 2018

Doki Doki Literature Club! par Team Salvato (2017)

Disponible sur : PC
Temps de lecture : 7 min 2 s

ATTENTION — SPOILERS. L’auteur de ce texte s’engage à divulguer le moins d’information possible concernant l’intrigue de Doki Doki Literature Club!, mais il peut tout de même contenir quelques spoilers gâchant le plaisir de la découverte. Si vous souhaitez jouer à Doki Doki Literature Club! dans les meilleures conditions possibles, nous vous conseillons de reporter votre lecture de cet article.

Ce qu’Undertale puis Pony Island, dans une moindre mesure, ont rappelé aux joueurs de 2015 et 2016 est qu’il ne faut pas juger un jeu à sa jaquette. En 2017, Doki Doki Literature Club! incarnait à son tour le célèbre proverbe selon lequel l’habit ne fait pas la moine, défrayant la chronique du jeu indépendant. Développé par Dan Salvato dans le plus grand des secrets, un véritable culte s’est créé autour de DDLC alors même que personne ne l’attendait.

Il faut reconnaître l’habileté de la communication de la Team Salvato pour le faire connaître. Le business model pour vendre le jeu, tout d’abord, est peu commun : Doki Doki Literature Club! est intégralement gratuit sur itch.io et Steam et le joueur peut, s’il le souhaite, s’offrir un « Fan Pack » de 9,99 € comprenant l’OST, des fonds d’écran et divers documents autour du jeu. Mais ce qui a davantage attiré l’attention du public est un avertissement sur les fiches-produits du jeu : « This game is not suitable for children or those who are easily disturbed » (ce jeu ne convient pas aux enfants ou aux personnes sensibles), tranchant très franchement avec l’aspect coloré et kawai de DDLC.

Comment un jeu de drague d’apparence aussi générique peut-il perturber les joueurs ? Pourquoi le jeu est-il étiqueté avec le mot-clé « Horreur psychologique » sur Steam ? Que se passe-t-il dans Doki Doki Literature Club! pour que l’on conseille aux âmes sensibles de s’abstenir ? De nombreux curieux ayant visité la fiche-produit du jeu se sont légitimement posé ces questions. Étant donné que DDLC est gratuit, il ne coûte rien de l’essayer. Le bouche-à-oreille faisant son effet, Doki Doki Literature Club! a rapidement dépassé le million de téléchargements.

DDLC vous met dans la peau d’un lycéen japonais n’ayant pas encore choisi l’activité de son club scolaire. Sayori, une amie d’enfance, vous invite à rejoindre le club de littérature qui ne compte alors que quatre membres : Natsuki, Yuri, Sayori et Monika, la présidente. Pas contre l’idée d’être le seul garçon du club, le personnage principal les rejoint et, rapidement, une activité de composition de poèmes est instaurée : chacun des membres échange ses textes avec les autres, révélant les sentiments cachés des différents personnages.

Capture d'écran de Doki Doki Literature Club! (1)

Sayori

Sayori

Sayori est votre amie d’enfance et prend le chemin du lycée avec vous tous les matins. C’est un personnage pétillant et très enjoué qui vous invite à rejoindre le club de littérature. Cette joie de vivre cache également des sentiments plus obscurs. Elle a une préférence pour les poèmes comprenant des mots romantiques ou amers.
Natsuki

Natsuki

Natsuki a le profil d’une tsundere. Ne vous fiez pas à son aspect kawaii puisque Natsuki est un personnage au verbe haut mais également très affable. Passionnée de littérature, elle est aussi amatrice de mangas et a toujours un petit creux. Elle a une préférence pour les poèmes comprenant des mots mignons ou gourmands.
Yuri

Yuri

Yuri a le profil d’une yandere. Véritable rat de bibliothèque, elle est la poète la plus expérimentée. Introvertie, timide et mystérieuse, Yuri apprécie particulièrement les romans d’horreur. Elle a une préférence pour les poèmes comprenant des mots sombres ou transcendants.
Monika

Monika

Monika est la présidente du club de littérature. Intelligente et disposant d’une grande confiance en elle, elle est également plus mature et moins bavarde que ses camarades. De nature douce, Monika sait garder son calme et son sang-froid, même dans les moments de forte tension.
Les premières heures de Doki Doki Literature Club! sont très convenues et loin d’être passionnantes, puisque l’on n’a que peu d’impact sur le déroulement de l’histoire. DDLC est un visual novel tout ce qu’il y a de plus générique développé sous le célèbre moteur Ren’Py avec des graphismes colorés, des personnages kawaii et une histoire à l’eau de rose. En tant que tel, le joueur n’a que peu d’influence sur l’histoire ; peut-être même encore moins que dans d’autres jeux du genre puisque les choix ne sont pas aussi importants que les mots sélectionnés lorsque l’on compose ses poèmes. À mesure que Doki Doki Literature Club! progresse, le joueur ressent néanmoins un malaise croissant dans les dialogues, sans pour autant pouvoir mettre le doigt sur ce qui se trame réellement.

Voilà précisément ce qui pousse le joueur à continuer l’aventure, malgré une histoire doucereuse et relativement peu engageante. Si l’idée d’abandonner Doki Doki Literature Club! se fait ressentir assez vite, sans compter qu’il est extrêmement volubile, l’envie de connaître la suite est d’autant plus forte puisqu’il est difficile d’imaginer ce qui peut perturber un train-train aussi confortable.

Régulièrement, le joueur est lui-même amené à composer des poèmes pour les partager avec les autres membres du club. La mécanique est en réalité très simple. 20 pages contenant chacune 10 mots appartenant à des champs lexicaux très différents (éclatant, mort, guimauve, e-mail, feux d’artifice, été…) apparaissent successivement et le joueur ne peut en choisir qu’un à chaque fois, à sélectionner en fonction des préférences de chaque fille. La composition est à ne surtout pas négliger puisqu’en se rapprochant d’une telle ou telle autre camarade, le joueur débloque des scènes amenant à une fin alternative. L’échange de poèmes entre les membres du club est aussi l’occasion de lire les textes des différentes filles, révélant par la même leurs souffrances et leurs côtés les plus sombres.

Capture d'écran de Doki Doki Literature Club! (2)

Le jeu ne prendra son envol qu’à partir d’un plot twist qu’il ne convient pas de dévoiler mais qui scinde littéralement DDLC en deux parties. Sans en connaître la nature, le joueur s’attend à ce qu’un événement exceptionnel ait lieu, expliquant l’avertissement des fiches-produits. Le dit-événement est le véritable point de rupture de Doki Doki Literature Club!, celui qui justifie à lui tout seul tout ce qui a été dit et écrit à son propos. En quelques secondes, le jeu tout entier s’accélère et sort de la routine des visual novels traditionnels, se distinguant notamment par sa capacité à détruire le quatrième mur.

Cette deuxième partie de Doki Doki Literature Club! pose de nombreuses questions auxquelles le joueur va tenter de répondre, au cours de plusieurs heures extrêmement dérangeantes. L’ambiance qui s’installe est en décalage complet avec la palette de couleurs kawaii et la nature mielleuse du postulat de départ. Mais elle est surtout intéressante puisque le joueur reste dans l’expectative avant d’être personnellement impliqué, en tant que joueur du monde réel et non plus en tant que personnage de l’histoire.

Cela se traduit notamment par la capacité des personnages à s’adresser directement au joueur, dans des propos parfois troublants. Par exemple et sans en dévoiler davantage, une anecdote surprenante rappelle l’entrevue avec Psycho-Mantis dans Metal Gear Solid : l’une des filles fait remarquer au joueur qu’il est en train de filmer le jeu, si celui-ci utilise un logiciel de capture d’écran pour enregistrer une vidéo de sa partie. Le gameplay s’épaissit aussi puisque le joueur obtient la possibilité d’influencer le jeu et de faire progresser l’histoire en modifiant les fichiers du jeu ; les fichiers réels dans le dossier d’installation, quel que soit l’OS installé sur le PC. Cela explique notamment pourquoi un portage sur une console n’est pas envisageable.

Si Doki Doki Literature Club! s’est très rapidement créé une large base de fans, il a aussi suscité de nombreux débats quant à sa mauvaise influence supposée sur les jeunes joueurs. En juin 2018, The Sun publiait un article intitulé : « Inside twisted Doki Doki Literature Club game which parents say caused ‘suicide’ of their children – and it’s horrifyingly easy to get hold of » dans lequel l’auteur explique que deux suicides d’enfants (à Radcliffe au Royaume-Uni et à Zagreb en Croatie) sont liés à leurs parties de DDLC. Le même mois, Kurt Kalata, webmaster du célèbre site Hardcore Gaming 101, racontait sur Twitter l’e-mail qu’il avait reçu de la part de l’école primaire de sa fille :

Chers parents/tuteurs,

J’ai appris qu’une application nommée Dokie Dokie Literature Club circulait. Ce qui semble être un jeu « académique » (d’après le titre) est en fait un « jeu » très sombre et inapproprié, quel que soit l’âge.

Ceci est juste une mise au point pour faire prendre conscience que nous continuons à être aussi vigilants que possible dans la protection des élèves contre les applications/jeux inappropriés et les jeux non-contrôles.

Merci

Doki Doki Literature Club! (3)

Cela soulève de véritables questions quant à l’accessibilité des contenus réservés aux adultes sur Internet. Au-delà d’itch.io et de Steam qui le proposent en accès libre, à condition d’outrepasser la protection familiale dans le cas de ce dernier, de nombreux streamers de Twitch et youtubeurs ont consacré des vidéos à Doki Doki Literature Club!, participant grandement à l’essor du jeu. Le rôle des parents est aussi de s’assurer que des jeux non-adaptés à l’âge de leurs enfants n’arrivent pas entre leurs doigts, ce qui est bien souvent plus facile à écrire qu’à faire.

Pour aller plus loin : Danganronpa 2: Goodbye Despair par Spike Chunsoft (2012) disponible sur PSP, PS Vita, PC, PlayStation 4

Dans ce deuxième épisode de Danganronpa, 16 étudiants se réveillent sur une île paradisiaque qui se transforme très rapidement en véritable enfer. Comme dans le premier épisode de Danganronpa, ces personnages aux talents uniques tentent de s’échapper de leur prison dorée et de comprendre les raisons de leur présence en ces lieux. Mais pour ce faire, la peluche Monokuma, qui s’auto-proclame président de l’établissement, les invite à faire partie d’un jeu où les participants doivent s’entretuer pour gagner le droit de partir. En cas de meurtre, des procès visent à découvrir les assassins.