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Kamiko

par | 29 Août 2018

Kamiko par Skipmore (2017)

Disponible sur : Switch
Temps de lecture : 6 min 0 s

Kamiko fait partie des tout premiers jeux disponibles sur l’eShop de la Switch, avant que les indés du monde entier n’y déferlent. D’ailleurs, les jeux publiés sur la console étant relativement peu nombreux au cours de ses premières semaines, Kamiko a réussi à se faire une petite place au soleil, bien aidé par son prix de départ de 4,99 €, il est vrai. Au premier coup d’œil, Kamiko rappelle les précédents jeux de Skipmore, Drancia et Fairune, avec ses graphismes épurés et colorés entièrement dessinés en pixel art.

À la croisée des jeux 8 et 16-bits, Kamiko se fait d’abord remarquer par son visuel volontairement rétro aussi charmant qu’efficace. Tout est dessiné à la mimine ; ou à la souris, pour être plus exact : les décors, les sprites, les éléments du HUD. Ses musiques, agréablement entraînantes, parachèvent une direction artistique largement tournée vers le passé, sans s’encombrer des contraintes techniques de l’époque ou des conventions de gameplay qui pourraient sembler rigides.

Le jouer incarne l’une des trois des trois prêtresses — que l’on appelle les Kamiko, d’où le titre du jeu — et doit se débarrasser des forces du mal qui s’abattent sur le monde : vous connaissez la chanson. Les développeurs tentent bien d’épaissir un peu le lore avec les cut scenes du début et de la fin, mais tout cela reste on ne peut plus minimaliste. Les trois Kamiko sont disponibles dès le début du jeu et possèdent chacune un gameplay spécifique.

Capture d'écran de Kamiko

Yamato

Yamato

Elle est la descendante d’une famille de prêtresses du sanctuaire de l’eau. Elle attaque à l’aide de son épée, la lame de Kusanagi que lui ont accordé les Dieux. Elle est experte des attaques à courte portée avec un combo dévastateur.

Uzume

Uzume

Elle vit au cœur d’une lointaine forêt, en communion avec les plantes et les arbres. Elle possède les pouvoirs de la prêtresse de la terre mais elle ne le sait pas elle-même. Elle attaque à distance grâce à son arc, le Magatama de Yasakani.

Hinome

Hinome

Elle est la plus jeune descendante d’une famille de prêtresses du sanctuaire du feu. Les Dieux lui ont conféré le miroir de Yata pour des attaques à distance. Il fonctionne comme un boomerang, à l’image du célèbre bouclier de Rygar. Elle possède aussi une dague pour attaquer à courte portée.

Bien que l’on puisse choisir la Kamiko de son choix et que les gameplays diffèrent, les niveaux et tout le déroulement du jeu sont strictement identiques. Néanmoins, les expériences sont assez différentes et le jeu suffisamment court pour que l’on prenne suffisamment de plaisir à chaque run.

Yamato est sans doute la plus agréable et la plus nerveuse à jouer avec un combo d’attaques à courte portée qui permet de se débarrasser des hordes très rapidement. Elle peut être un peu moins efficace que ses compères contre les boss, mais ils ne sont pas assez coriaces pour que ça pose problème.

Uzume demande un petit temps d’adaptation puisque son arc attaque en ligne droite. Néanmoins, en utilisant son combo, elle tire une, puis deux, puis trois flèches avec un éventail qui couvre une belle partie de l’écran. Contre les boss, elle peut attaquer de loin, ce qui peut se révéler précieux pour ceux qui sont plus difficiles à atteindre.

Hinome, enfin, propose une alternative intéressante grâce à son bouclier-boomerang. Le joueur choisit la direction de l’attaque et lorsque le bouclier est au loin, marteler le bouton d’attaque permet de donner quelques coups de dague largement suffisants pour se protéger. Ce gameplay « hybride » est un peu déroutant de prime abord mais n’a rien de compliqué.

Dans Kamiko, il s’agit de traverser quatre mondes d’une quinzaine de minutes chacun puis de venir à bout du boss de fin de niveau. Avec sa vue du dessus, le titre ne manque pas de rappeler Pocky & Rocky et Valkyrie no Densetsu, d’autant plus que le premier se déroule dans un environnement shintoïste alors que le second permet d’alterner entre des attaques courtes et lointaines. Chacun des stages (dont l’ordre est imposé) requiert de trouver quatre torii, ces grands portails japonais que l’on traverse à l’entrée des sanctuaires shintoïstes. Ils servent en outre de point de sauvegarde. Une fois les quatre découverts, une porte massive s’ouvre donnant accès au boss.

Les découvrir n’est pas plus compliqué que cela mais demande tout de même quelques hauts-faits. Certains sont tout simplement bien cachés, d’autres requièrent l’utilisation d’une clé que votre Kamiko lâche dès qu’elle est attaquée par un ennemi : il faut donc se faufiler parmi les bestioles des alentours. Parfois, il faut traverser un pont à toute allure quelques secondes après avoir déclenché un interrupteur. Il arrive aussi que l’accès au torii soit gardé par une foule de monstres qu’il faut se farcir. Il n’y a qu’une énigme du deuxième monde qui puisse être réellement bloquante, bien que la lisibilité soit la principale coupable, puisqu’un élément du décor cache à ce moment-là un interrupteur.

Capture d'écran de Kamiko

Il faut admettre que le postulat de départ est extrêmement simple, mais les situations sont assez variées pour rendre l’exploration captivante. Chaque monde a une construction bien à lui, son bestiaire et une thématique précise (forêt, ruines, caverne de feu et d’autres ruines).

Les combats sont aussi simples puisque chaque Kamiko possède un combo et un seul, avec une attaque spéciale. Ils ne sont jamais très difficiles puisque le joueur peut récupérer des points de vie en coupant des herbes ou en cassant des jarres, comme dans Zelda, à la différence près qu’elles sont légion dans Kamiko. Quelle abondance de poterie ! Si la Kamiko est en danger parce que ses points de vie sont trop bas, les ennemis vaincus lâcheront de toute façon un petit losange pour se soigner. En tuant les ennemis, le joueur remplit également une jauge de magie qui possède deux fonctions : déclencher une furie qui nettoie l’écran dès lors qu’un certain seuil est atteint et ouvrir certains coffres en échange d’un montant défini, contenant des objets-clés pour progresser ou des power up gonflant les points de vie ou la magie.

Pour esquiver, on peut compter sur une pointe d’accélération en maintenant B très agréable à manipuler et qui rend l’action dynamique en toute circonstance et qui n’est pas sans rappeler les dash de Hyper Light Drifter. Quelques esquives sont d’autant plus grisantes que la hitbox des Kamiko semble absolument minuscule. Il n’est pas rare d’avoir la sensation d’être touché de plein fouet alors que non.

Les affrontements contre les boss sont clairement les plus intéressants, surtout le dernier qui se développe en plusieurs phases. Il y a un soupçon de Titan Souls dans leur déroulement puisque le joueur ne peut toucher qu’un point précis de l’ennemi dans une fenêtre de temps restreinte. Rien d’aussi difficile, bien sûr, puisqu’on ne meurt pas au moindre contact ; mais il faut, pour chacun des boss, découvrir la façon de mener la danse. À nouveau, ce n’est jamais très compliqué mais cela donne un semblant de variété, même si les situations sont dans l’ensemble classiques. L’un d’entre eux, par exemple, doit être attiré sur différents interrupteurs avant que son point faible ne soit révélé. Un autre est composé de deux clones et il faut trouver lequel est vulnérable. Ce sont des situations bienvenues mais bien connues de ce genre de jeu.

Le plus gros problème de Kamiko est qu’il manque cruellement de contenu et de difficulté pour y faire revenir les joueurs. Une fois les trois runs bouclés avec chacune des prêtresses, il n’y a rien de plus à se mettre sous la dent. Vraiment rien, même pas de modes plus difficiles. L’accent est fortement placé sur le time attack puisque chaque run est chronométré, mais il n’y a vraiment pas de quoi y passer la nuit. On peut légitimement regretter le manque global de difficulté du titre tout entier, boss y compris, et l’absence du moindre mode coopératif. Ça coulait pourtant de source, puisque les Kamiko sont au nombre de trois.

Pour aller plus loin : Hyper Light Drifter par Heart Machine (2016) disponible sur PC, PlayStation 4 et Xbox One

Dans Hyper Light Drifter, le joueur incarne un héros souffrant qui cherche à soigner ses maux. La maladie n’empêche pas Drifter d’explorer ce vaste hack and slash tout en pixel art avec une vivacité rare. L’aventure, ponctuée de plusieurs donjons, se révèle hardcore. L’exploration est rythmée par de nombreux combats aussi dynamiques qu’ils ne sont difficiles. Au-delà de son aspect visuel singulier, le titre se démarque également par son excellente bande-son que l’on croirait issue des années 80.