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Paper Mario

par | 9 Déc 2018

Vers Super Mario RPG: Legend of the Seven Stars
Vers Mario & Luigi: Superstar Saga

Paper Mario par Intelligent Systems (2000)

Disponible sur : Nintendo 64, iQue Player, Wii, Wii U
Temps de lecture : 9 min 53 s

Annoncé au Nintendo Space World 97 sur 64DD, « Super Mario RPG 2 » ne sortira qu’en 2000, soit plus de quatre années après Super Mario RPG. Les deux jeux se ressemblent par de très nombreux aspects mais cette suite ne s’inscrit pas dans la lignée directe du célèbre RPG de Square puisqu’il sera finalement renommé Mario Story au Japon et Paper Mario dans le reste du monde, abandonnant la 64DD au profit de la Nintendo 64 elle-même. En l’occurrence, le développement a été confié au studio interne Intelligent Systems, déjà rodé aux jeux de rôle avec sa célèbre saga Fire Emblem. Paper Mario est le premier épisode de la série éponyme au style graphique très singulier.

Contrairement à Super Mario RPG, Paper Mario est sorti partout dans le monde dans 7 langues différentes, dont le français. Il n’a cependant pas connu la même visibilité que d’autres incontournables de la Nintendo 64 car il est sorti assez tard dans la vie de la console, les joueurs étaient d’ores et déjà tournés vers les nouvelles consoles. Cela ne l’a pas empêché d’être suffisamment populaire pour devenir une série à part entière.

Dans Paper Mario, Bowser met la main sur la baguette Étoile qui peut réaliser n’importe quel vœu, notamment le vœu d’invincibilité. Pour cela, il infiltre le Havre Étoile et emprisonne les sept esprits veillant sur la baguette magique. Grâce à ses nouveaux pouvoirs, il organise une énième capture de la Princesse Peach en faisant littéralement léviter son château dans l’espace. Mario part alors à la recherche des sept esprits Étoiles tenus en captivité par les sbires de Bowser, afin qu’ils brisent le pouvoir de la baguette Étoile.

Même si l’histoire n’est pas exactement la même, la quête est relativement semblable à celle de Super Mario RPG où Mario partait à la recherche de sept fragments d’étoiles. Néanmoins, le schéma est ici beaucoup plus classique puisqu’on retrouve l’objectif traditionnel de la saga Mario, à savoir libérer la Princesse Peach, qui faisait partie des alliés dans le jeu précédent. Pour ce faire, Mario est accompagné au cours de son aventure par huit nouveaux personnages aux capacités différentes, permettant d’élargir son champ d’exploration.

Goombario

Goombario

Un Goomba adolescent et fan de Mario qui s’exprime comme un jeune des années 2000. D’la balle ! Il donne des renseignements sur les lieux que l’on traverse et les ennemis rencontrés.

Kooper

Kooper

Un Koopa à carapace bleu qui rêve de devenir archéologue, à l’image de son modèle Kolorado. Mario peut lancer sa carapace pour récupérer des objets à distance ou activer des interrupteurs au loin.

Bombinette

Bombinette

Une Bob-omb toute rose aussi mignonne que têtue. Elle se fait emprisonner par les frères Koopa. Elle peut faire exploser les murs fissurés pour ouvrir de nouvelles zones ainsi que des rochers obstruant le passage.

Parakarry

Parakarry

Ce Koopa Paratroopa (la variété de Troopa ailée) est un facteur tête en l’air. Sans surprise, il est capable de faire voler Mario sur de petites distances pour traverser des précipices. Mario l’aide à délivrer du courrier égaré.

Dame Bouh

Dame Bouh

Une Boo mégalomane qui se joint à Mario pour libérer les Boos de son clan, avalés par Tubba Blubba, l’un des ennemis du jeu. Sa capacité rend Mario invisible pour échapper aux ennemis et elle peut aussi les faire fuir.

Watt

Watt

Watt est un bébé Sparky avec la tétine à la bouche. Mario la libère d’une lanterne où elle est enfermée. Elle éclaire certaines zones plongées dans l’obscurité et fait également apparaître des blocs invisibles contenant des objets.

Sushie

Sushie

Une Cheep-Cheep nourrice et romantique qui demande de l’aide à Mario pour retrouver les cinq Miniyoshi turbulents dont elle est la garde. Elle permet à Mario de se déplacer sur et sous l’eau à partir des pontons que l’on trouve sur la carte.

Lakilester

Lakilester

Ce Lakitu frimeur, ancien soldat de l’armée de Bowser, décide de suivre Mario pour impressionner sa petite amie. Il aide Mario à traverser les étendues de lave ou de pics. Il s’invente également des prénoms.

Le point le plus intéressant à propos des personnages alliés de Paper Mario est qu’ils sont tous issus du bestiaire de la série. Cela rend les ennemis habituels plus sympathiques, d’autant que l’on traverse des villages de « gentils » Goombas ou Koopas au cours du jeu. Il convient de ne pas mettre tout le monde dans le même sac ! Dans Super Mario RPG, il y avait des espèces inédites dans la série, incluant Mallow et Geno. Paper Mario est de ce point de vue beaucoup plus canonique.

Ces alliés offrent à Mario de nombreuses capacités et il faut jongler entre les personnages pour pouvoir progresser, en utilisant les capacités de chacun. Cela crée de nombreuses interactions avec l’environnement, ce que peu de jeux de rôle au tour par tour de l’époque procuraient. Chaque allié possède une action bien précise que le joueur déclenche avec le bouton C-Bas. À un certain point de l’aventure, le joueur doit récupérer une enveloppe trop éloignée : il suffit de lancer Kooper pour qu’il la ramasse. À d’autres moments, des roches empêchent le joueur d’aller plus loin : Bombinette ouvre alors des passages en les explosant. Plus loin dans l’aventure, Mario doit échapper à la vigilance d’ennemis-radars : Dame Bouh le rend invisible pour se cacher pendant leur ronde. L’utilisation des pouvoirs n’est jamais pénible car tout se déroule de façon fluide. Il suffit d’appuyer sur C-Droite pour change d’allié à la volée.

La particularité la plus notable à propos de Paper Mario est bien évidemment son style graphique, semblable à celui de PaRappa The Rapper. Les sprites des personnages donnent l’impression d’être en papier, puisqu’ils sont aussi fins qu’une feuille dans un environnement en 3D. Les animations rendent cet effet à merveille, notamment les chutes où les personnages virevoltent comme des feuilles mortes portées par le vent. Les graphistes de Paper Mario ont aussi réalisé des effets de transitions remarquables entre les lieux. Lorsque Mario franchit une porte, les intérieurs se déplient comme dans un livre pop-up. Le plus étonnant est néanmoins l’absence d’anticrénelage autour des sprites dont les bords sont pourtant très épais, donnant un aspect pixelisé aux personnages qui tranche nettement avec le brouillard de distance typique de la Nintendo 64.

Ce que l’on pourrait reprocher à Paper Mario est que son aspect « papier » n’ait finalement aucune incidence sur le gameplay. Le choix de ce style graphique – très fort, au demeurant – est purement esthétique. Même s’il donne son titre au jeu, ce n’est pas le cas dans la version japonaise qui s’appelle Mario Story ; bien que les suites portent également le nom de Paper Mario.

Néanmoins, la représentation du monde est complètement différente de Super Mario RPG où les environnements étaient en 3D isométrique. Dans Paper Mario, les espaces sont en 3D polygonale et l’exploration est un peu différente. Cela rend les phases de plateformes plus authentiques dans un monde d’apparence moins vaste. Contrairement à Super Mario RPG, il n’y a pas de carte du monde pour donner une impression de grandeur et les zones convergent vers Toadville qui sert de hub central. Cela donne à Paper Mario un monde plus compact mais qui semble aussi plus vivant où il est possible de prendre part à de nombreuses activités et à quelques mini-jeux.

Les donjons sont également très différents, du fait de leur modélisation en 3D. Dans l’esprit et dans leur construction, ils rappellent The Legend of Zelda : le jouer se déplace de salle en salle, à la recherche de clés pour accéder à de nouvelles zones, jusqu’à l’obtention d’un nouvel élément de gameplay issu d’un nouvel objet ou d’un nouvel allié. Après quoi, le joueur peut progresser jusqu’au boss de fin de niveau concluant le chapitre en cours.

En effet, le jeu est découpé en sept chapitres différents, soit un par Esprit Étoile à secourir. Entre chacun d’entre eux, le joueur est placé dans la peau de Peach, prisonnière de son château flottant dans l’espace. Au cours de ces séquences, il faut réussir à s’échapper de sa chambre et progresser pour trouver des indices sur la localisation du prochain Esprit Étoile, communiquée à Mario, par l’intermédiaire de Tincel. Cette jeune étoile crée un lien captivant entre la princesse et notre célèbre plombier, malgré les milliers de kilomètres qui les séparent.

Côté combat, Paper Mario possède quelques ressemblances à Super Mario RPG mais la formule a dans l’ensemble beaucoup changé. La principale différence est que l’on ne contrôle plus une équipe de quatre personnages mais uniquement un duo. Mario est accompagné d’un allié et d’un seul que l’on peut permuter à tout moment en échange d’un tour de combat. Seul Mario peut subir des dégâts ; son allié, s’il est touché, est simplement immobilisé quelques tours.

Mario possède deux capacités distinctes : son traditionnel saut et l’attaque au marteau. Certains ennemis volants, par exemple, ne peuvent être touchés que par un saut puisque le marteau n’atteint (s’il ne fait pas l’objet d’améliorations) que les ennemis au sol. Au contraire, des ennemis à pointes, par exemple, blessent Mario s’il utilise un saut classique. Cela ajoute une tension stratégique non-négligeable dont le joueur doit s’emparer, en améliorant au mieux ses techniques de saut et du marteau et en invoquant les bons alliés au bon moment.

En progressant, Mario peut activer des badges qui octroient de nouvelles capacités, comme la possibilité de sauter plusieurs fois au cours d’un même tour ou celle d’envoyer un marteau à un ennemi distant. Les alliés aussi peuvent apprendre de nouveaux sorts pour offrir des techniques avancées. Cela étant, ces capacités consomment des Points Fleur (PF) partagés par l’équipe, comme dans Super Mario RPG.

Après avoir récupéré 100 points d’expérience (appelés Points Étoile), le joueur peut augmenter au choix les Points Cœur (les points de vie), les Points Fleur ou les Points Badge qui permettent d’équiper des badges, offrant les fameuses nouvelles capacités au combat. Le jeu ne s’encombre pas d’équipements à trouver ou de statistiques, ce qui le rend finalement simple à appréhender pour les plus jeunes joueurs.

Comme dans Super Mario RPG, des commandes action rendent le déroulement des combats plus dynamique. Il est toujours possible de prendre l’avantage au combat en attaquant un ennemi sur la carte. En plus des touches à déclencher avec le bon timing pour augmenter son attaque ou diminuer les dégâts encaissés, Paper Mario oblige le jouer à viser et relâcher le joystick au bon moment pour attaquer, marteler le bouton A pour remplir une jauge et de nombreuses actions qui donnent beaucoup de variété. Le désavantage de cette palette d’actions et que l’on mélange parfois les timings, ce qui n’est pas trop pénalisant puisque le jeu est facile dans l’ensemble.

Au fur et à mesure que le joueur délivre des esprits Étoiles, il obtient également leur pouvoir en combat. En échange d’un tour, il devient possible d’utiliser une jauge d’énergie Étoile pour invoquer un esprit qui peut, par exemple, restaurer 5 PC et 5 PF ou endormir les adversaires. La jauge se recharge lentement à chaque tour mais il est aussi possible de méditer pour en accélérer le remplissage.

La grande réussite du système de combat de Paper Mario est de proposer une variété de situations plutôt étendue avec plusieurs façons de combattre les adversaires. Par exemple, Mario doit retourner un Koopa en lui sautant dessus avant de pouvoir lui infliger des dégâts. En ce qui concerne les Bob-ombs, il faut se dépêcher de les vaincre une fois qu’ils ont perdu des points de vie pour éviter qu’ils n’explosent, occasionnant de lourds dégâts à la manière des célèbres Bombos de Final Fantasy.

 

Paper Mario est agréable à jouer mais aussi à parcourir, grâce à une écriture moins orthodoxe que dans de nombreux jeux de cette époque. Il n’est pas un monument de finesse, loin de là. Mais ses développeurs ont témoigné d’un grand sens de l’humour et d’une capacité d’auto-dérision assez surprenante pour l’époque et que l’on retrouve depuis lors dans de nombreux jeux de la saga Mario. Paper Mario ne se gêne jamais pour briser le quatrième mur, préférant la proximité avec le joueur au détriment de la vraisemblance de son univers.

Comme Super Smash Bros. qui peut se permettre toutes les fantaisies car les combattants ne sont pas des personnages mais des figurines, Paper Mario se déroule via le prisme du spectacle : on a le sentiment que tout ce qui se passe dans le jeu n’est qu’une mise en scène, comme en attestent l’introduction qui fait penser à l’intérieur d’un théâtre ou certains décors de combat, qui donnent l’impression de combattre sur scène. Les effets spéciaux et le style graphique, eux, donnent le sentiment que Paper Mario est issu d’un livre pour enfants.

Comme Super Mario RPG avant lui, Paper Mario n’a pas la réputation des plus grands titres qui l’entourent sur Nintendo 64 mais il est assez original et rafraîchissant pour avoir attiré l’attention sur lui. Aujourd’hui, il est d’ailleurs très recherché par les collectionneurs de jeux vidéo, sa sortie tardive ayant augmenté sa rareté. Mais surtout, il donnera naissance à sa très célèbre suite : Paper Mario : La Porte millénaire, l’épisode le plus apprécié de la série. Mais avant cela, AlphaDream proposera sa vision des RPG mettant en scène Mario avec la série Mario & Luigi qui débutera sur Game Boy Advance en 2003.

Pour aller plus loin : South Park : Le Bâton de la vérité par Obsidian Entertainment (2014) disponible sur PC, PlayStation 3, PlayStation 4, Xbox 360, Xbox One et Switch

South Park : Le Bâton de la vérité est un jeu de rôle au tour par tour dont les combats proposent au joueur des actions contextuelles. Il est notamment célèbre pour son humour décapant, à l’image de l’univers dont il est tiré. Allergiques aux flatulences : s’abstenir ! Le jeu donne d’ailleurs l’impression de regarder un épisode de South Park, tant la réalisation est fidèle. Bien qu’il s’agisse d’une histoire originale, tous les éléments chers aux amateurs de la série sont présents et il est possible d’incarner les différents protagonistes de South Park, en plus de l’avatar du joueur.

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